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dimanche 3 septembre 2017

Hôpital

Ce message à été posté sur le forum Darkestrick (un forum traitant de paranormale aujourd’hui fermé pour des raisons inconnues).
Il a été posté par l'utilisateur Holydark:


À la lisière de ma ville se trouve un hôpital abandonné.
Personne ne sait vraiment pourquoi il a été déserté. Certain disent que cest parce qu’il est trop loin du centre-ville et que quand le nouveau a été construit, c'était trop coûteux d'entretenir deux hôpitaux simultanément.

Une autre raison avance qu'on ne parvenait pas à le moderniser.

Des rumeurs plus délirantes parlent de scandale lié au personnel. Si vous voulez mon avis, même si ces dernières étaient vraies, elles n'expliqueraient pas pourquoi on aurait carrément abandonné l'hôpital au lieu de simplement renvoyer le personnel problématique.
Bref, dans tous les cas, à cause de sa position éloignée de tout, cet imposant carré gris est encore là.

Si je vous explique cela c'est parce que, suite à un pari idiot, j'ai visité cet hôpital, seul, et ramené des photos. L'hôpital compte 4 étages et on peut accéder au toit soit via le 4ᵉ étage, soit via la cage d'escalier extérieur.

Je devais rapporter 5 photos, une par étage plus une sur le toit. Prouvant que j'ai eu les boules de visiter l'hôpital dans son intégralité.

Je suis un amateur de frissons. J'étais donc plutôt enthousiaste, si l'on peut dire, de me foutre une bonne dose d'adrénaline.

Évidemment, vous avez compris que cette visite a largement dépassé le cadre de mes espérances. Hélas. Je sais pas comment décrire ce que j'ai vécu. C'était horrible. Mais vraiment horrible.

Donc, je suis arrivé devant l'hôpital.
Première chose qui saute aux yeux : les fenêtres sont solidement condamnées, mais c'est pas le cas de la porte. J'ai entendu dire que l'hôpital, après son abandon, avait été occupé un temps par des dealers, ceci explique peut-être cela.

Les portes automatiques, en verre, avaient été brisées. Ça a été un jeu d'enfant de les franchir.
Ainsi, je suis arrivé à l'accueil. On manquait pas de lumière, vu que celle du soleil passait à travers les portes brisées. J'ai tout de suite pris une photo.

Puis j'ai exploré l'endroit.
Malgré les dégradations variées que j'ai rencontrées ici et là, l'endroit donnait cette impression d'avoir été abandonné du jour au lendemain. Dans la salle d'attente, j'ai trouvé de vieux magazines datant de la fin des années 80. Pas un seul bruit, j'étais le seul être vivant à l'intérieur de cette ruine.

J'ai ensuite découvert l'escalier menant au premier étage. J'ai allumé la lampe de mon portable pour pouvoir voir quelque chose. Au fur et à mesure que je m'écartais de l'accueil, la lumière faiblissait jusqu’à disparaître entièrement.

C'est donc dans le noir le plus complet que je suis arrivé au premier étage.

 Aucune lumière ne passait à travers le bois et l'acier qui bloquaient les fenêtres. Ma lampe était donc ma seule source de lumière. Au début je n'avais pas pas peur.

Faut dire que l'endroit était assez calme. Mais avec le temps, je me suis rendu compte que je n'étais pas seul. Je sentais la présence de quelque chose. De discrets bruits de pas et finalement, alors que j’examinais une salle avec ma lampe, j’ai aperçus une petite tache noire sur le sol. Elle a détalé sitôt la lumière sur elle. Surpris, curieux et un peu inquiet, j'ai suivi la chose noire. Après une petite course-poursuite, elle a fini sa course dans une salle sans issue.

C'était un chat, un vieux chat noir famélique aux yeux jaunes. Sur le coup, j'ai ri de ma stupidité. Et j'ai pris une photo de lui. Ma deuxième photo donc. Le chat était craintif, j'ai essayé de l'approcher, doucement. Mais j'ai à peine  fait un pas un avant, qu'il a foncé sur moi, puis est passé entre mes jambes, avant de quitté la salle sans issu. J'ai ensuite perdu sa trace.

Trouver le second escalier n'a pas été long, il était plus petit que celui reliant le rez-de-chaussée au premier étage. Une fois arrivé en haut. J'ai remarqué deux choses.

D'abord qu'il faisait beaucoup plus froid ici qu’en bas. C'était le printemps, j'étais en t-shirt et j'ai senti le froid, pas non plus glacial, mais présent, m’enveloppé. C'était surprenant; surtout si on rajoute l'autre élément, à savoir: l'odeur.

Il y avait donc une légère odeur dans l'air. Je pourrais pas vous la décrire, ça ressemble un peu à l'odeur de certains produits chimiques qu'on manipule durant nos années de lycée et de collège.

Et cette bizarrerie m'a poussé à la prudence. Si l'on oublie l'odeur et la température, j'ai rien aperçus d'étrange. La visite de cet étage s'est passée tranquillement. Jusqu’à ce que j'entende un bruit de pas provenant de l'étage supérieur. J'ai sursauté et aussitôt tendu l'oreille.

Rien.

Je n'entendais rien. J'ai pris quelques minutes à me convaincre que mon imagination était derrière tout ça.

Et j'ai continué tranquillement mon exploration. La seule chose marquante que j'ai trouvée est le lit d'un patient dont les draps étaient imprégnés d'une grosse tache de sang, vieilli par les années. J'ai photographié cette découverte. Puis j'ai continué ma route.

L'escalier menant au troisième était encore plus petit. L'odeur était de plus en plus forte et il faisait de plus en plus froid. La batterie de mon portable se vidait, lentement, mais sûrement.
En haut j'ai trouvé une porte noire, sans serrure, barrant l'accès au troisième étage , avec la mention « Réservé au personnel ».

La porte a été difficile à ouvrir, j'ai dû mettre toutes mes forces pour l'entrouvrir. Un exercice d'acrobatie rudimentaire plus tard et j'y étais.

La porte s'est refermée brusquement. Aussi d'étrange que cela puisse paraître, je n'étais pas inquiet, je me disais que je pourrais prendre, une fois arrivé au toit, l'escalier extérieur.

À l'intérieur, l'odeur était forte, très forte, à la limite du supportable. Rajoutez à cela qu'on avait l'impression d'être dans un congélateur.

J'ai remarqué très vite quelque chose de troublant: le sol était recouvert d'une chose. Une sorte de liquide, ou de boue, qui semblait absorber le bruit de mes pas.

Ça arrivait à mes semelles, c'était donc pas profond. La couleur de ce truc était vraiment sombre, une sorte de rouge très sombre, où le noir l’emporte sur le rouge, ce qui pourtant met étrangement ce dernier en valeur.

J'ai pris un peu de la chose sur mon index, c'était froid et gluant, je l'ai rapproché de mon nez, et ça puait cette putain d'odeur.

J'ai photographié mon index, le sol recouvert de la chose en arrière-plan. J'ai un pote doué en chimie, peu être connaît-il ce truc. À cause de l'odeur, à cause de la température et à cause, évidemment, de ce putain de truc. J'ai doucement commencé à flipper. Mais je ne courrais pas, d'abord parce j'avais peur de glisser, et que j'avais aucune envie d'être recouvert de ce truc.

Ensuite, parce je me suis remémoré le bruit que j'avais entendu tout à l'heure. Bruit qui m'a semblé alors encore plus bizarre, vu que, comme je l'ai précisé, la chose semblait absorber les bruits de mes pas.

 J'ai finalement découvert une porte, avec une pancarte à côté , montrant un escalier. Plus explicite, tu meurs. J'ai donc pressé la poignée de porte… et rien. La porte était fermée.

J'ai insisté à mort, pressé la poignée de toutes mes forces, martelé plusieurs fois dans l’espoir de la faire céder. J'avais même commencé à charger sur la porte. Mais en vain, j’étais fatigué, mon épaule me faisait mal, l'odeur me piquait le nez, le froid resserrait son étreinte sur ma peau et la peur remplissais chaque portion de mon cerveau. Un fait s'est imposé à moi: j’étais emprisonné dans ce putain d'hôpital !

J'ai couru vers la porte noire qui menait au deuxième étage, et sans le rebord d'une fenêtre salvatrice, j'aurais glissé dans la chose. Mon imagination carburait à cent à l'heure. Évidemment, la porte refusait de s'ouvrir. Vu qu'elle n'avait pas de poignée, j'ai tenté de l'enfoncer, en vain. J'ai insisté. Je suis presque sûr, étant donné la douleur, que j'ai failli me casser un os.

Mais rien.

Devant mes échecs répétés, je suis passé aux fenêtres, j'ai essayé d'en briser quelques-unes. Malgré mes nombreuses tentatives, et la présence d'un tabouret comme arme contondante : Aucun résultat. Même quand il m'arrivait de briser le verre, les barres de métal et de bois qui condamnaient la fenêtre formaient des obstacles indestructibles.

Soudain, l’espoir! J'allais appeler les pompiers, ils allaient venir avec tout le matos et je serais chez moi dans moins d'une heure!

La solution se trouvait entre mes mains depuis le début. Pourquoi j'y avais pas pensé plutôt?

Pas de réseau. Évidemment, ça aurait été trop beau.

J'ai du mal à décrire les minutes suivantes, la panique m'avait fait un peu perdre la tête, je n'étais plus qu'un.... animal... qui cherchait désespérément une issue. La seule lueur de raison qui m'habitait encore me disait de chercher la clé, il devait bien y avoir une clé qui ouvrait la porte du quatrième étage. C'était obligatoire!

Je ne sais pas combien de temps je suis resté à errer ainsi. L'heure, je ne l'a regardais plus. En revanche, j'ai fait très attention à la batterie de mon téléphone, mon unique source de lumière, qui diminuait progressivement. Et à une vitesse que j'ai trouvée alarmante.

Un temps incalculable plus tard, quelque chose m' redonné la raison.

Un bruit. Quand je l'ai entendu, j'ai sursauté, persuadé de voir mes peurs prendre vie. J'ai cherché la provenance du bruit. Avant de me rendre compte que cela venait de mon portable. J'avais reçu un message. Comment? Alors qu'il n'y avait pas de réseau?
Le message avait tout l'air d'un spam. Il disait, si mes souvenirs sont bons « Tu veux baiser des filles super sexy près de chez toi? Clique sur le lien! ». Je suis finalement revenu à moi-même. Ce message, tout aussi étrange et incongru qu'il est, m'avait fait sortir temporairement de mon état de panique. J'ai par la suite continué à rechercher cette hypothétique clé. Mais après ce qui devait être, maintenant que j'y réfléchis, quelques heures de vaines recherches, je me suis assis, abattu, sur un tabouret qui traînait. Les heures ont passé, la peur étant passée au second plan, remplacée par le tout puissant désespoir. J'étais en train d’abandonner.

Finalement, j'ai regardé mon portable, et  en voyant que je n'avais plus que 19 % de batterie, j'ai cliqué sur le lien.

Je sais, même moi je me suis rendu compte que j'avais agi comme con.
Mais comprenez-moi. J’étais mort à l'intérieur. Je ne savais plus quoi faire. J'avais perdu espoir.
Le lien m'a conduit vers une page web, normalement, rien n'aurait dû s'afficher à cause du manque de réseau. Mais vous l'avez compris, cet endroit ne respecte définitivement pas les lois de l'électromagnétisme les plus standards.

Une image s’est affichée sur mon portable. L'image montrait une infirmière, allongée sur un lit d'hôpital. Enfin, infirmière, je n'en suis pas sûr. La tenue d’infirmière qu'elle portait ressemblait plus à celle que vous verriez dans un film porno qu’à celle que portent réellement les infirmières. Avec des talons, des portes-jarretelles, et une micro-jupe. Du bassin jusqu’aux seins, la femme était coupée en deux. Comme si une immense paire ciseau était passée par là.

Son intérieur était répandu sur le lit.

Mais le pire, si vous voulez mon avis, était peut-être l'expression sur son visage. Un magnifique sourire, les yeux fermés, la pure extase. Pure extase tachée par le sang qui dégouline de sa bouche.

À peine l'image est parvenue à mon cerveau que j'ai crié. Bien sûr, ce n'était pas le cri fort et sauvage que vous entendrez dans un film d'horreur. Non, c'était plutôt le cri à moitié étouffé par la stupeur et montant dans les graves.

Un cri pathétique.

Mais le pire restait à venir. Une dizaine de secondes après l’apparition de la photo, mon téléphone s'est éteint.

Alors là, j'ai vraiment crié. Je n'ai pas fait que crier d'ailleurs, j'ai avancé dans le noir de manière parfaitement aléatoire tout en essayant vainement de rallumer mon portable. Mon cri, d'abord primitif, s'est transformé bientôt en appel à l'aide. J’ai appelé tout le monde, mes parents, mes amis, mon ex.

Et alors que mes poumons se remplissaient de l'air empoisonné, j'ai entendu un bruit de pas, mais qui n'avait rien d'humain. Il était lent, très lent, ferme, mais sonore. Même la chose n'arrivait pas à absorber le bruit. Il semblait venir de loin, mais il devenait de plus en plus audible. Il s’approchait !

J'ai couru pour fuir le bruit, pour ne plus entendre ce pas ferme. Presque tranquille. Mais rien n'y faisait. Le bruit se rapprochait petit à petit. Ça m'apprendra à fermer ma gueule!

La peur, le désespoir, la fatigue, la sueur, le froid, l'odeur, le bruit. Comment vous expliquez ce que j'ai ressenti.

Mais bon, je suis ressorti vivant.  Donc, après avoir fui plusieurs fois les bruits de pas, quand j'ai remarqué qu'il finissait toujours par se rapprocher inévitablement. Une idée m'a traversé l'esprit. Vous savez, dès fois votre portable « s'éteint » sans avoir la possibilité de se rallumer. Souvent à la suite d'un bug. Une des techniques que je connais pour régler le problème est d’enlever la batterie puis de la remettre. Après ça, le téléphone s'allume normalement. C'est ce que j'ai fait.
J'ai retiré la coque, que j'ai d'ailleurs perdu. J'ai pressé de toutes mes forces le bouton de mon téléphone. Et miracle: il s'est rallumé!

Dès que j'ai pu accéder au menu, j'ai allumé la lampe de mon téléphone. Je n'avais plus que 15% de batterie. Mais tant pis, l'adrénaline était montée, mes muscles s'étaient contractés, la lumière m'avait redonné espoir J'allais combattre l'auteur de ce bruit ! Je me disais que je n’allais peut-être pas ressortir vivant. Je ne savais pas comment me battre. Mais peu importe ! Je ne pouvais pas fuir éternellement.

Et alors que je chargeais en direction du bruit. Il s'est arrêté.

J'arrivais dans le couloir où j'avais entendu pour la dernière fois le bruit. Rien, pas le moindre bruit, pas la moindre trace de pas. Rien du tout. Maintenant que j'y pense, j'aurais dû m'inquiéter. Comment quelque chose pouvait apparaître, puis disparaître aussi mystérieusement?Sur le moment, je me suis dit, plein de fierté et d'espoir, que l'auteur du bruit devait avoir eu peur de la lumière !

Après m'être aperçu que je restais debout à ne rien faire, je suis reparti, déterminé, à la recherche de la fameuse clé. Et devinez quoi, Je l'ai trouvée. Un trousseau pendait juste à côté de la porte noire. Comment j'ai pu ne pas le voir ? Aucune idée. Mais si je l'avais aperçu plus tôt, beaucoup de frayeurs auraient été épargnées. J'ai donc pris la clé et je suis allé à la porte du quatrième étage.

Après plusieurs tentatives, j'ai finalement trouvé la bonne clé. Et c'est avec un soupir de triomphe que j'ai ouvert la porte du quatrième étage. J'ai refermé la porte derrière moi à double tour. L'escalier était encore plus petit. Mais qu'importe ! À mesure que je montais, la température redevenait normale et l'odeur disparaissait. De même pour la peur. Une fois arrivé en haut, j'ai découvert une seconde porte.

Elle était rouge, une pancarte indiquait « Interdit au membre du personnel ». Bizarre.

Mais je commençais à m'habituer aux choses étrange. J'ai vite découvert la clé permettant de l'ouvrir. Après avoir fermé cette nouvelle porte à double tour, j'ai commencé à explorer le dernier étage.

Si le rez-de-chaussée était l'accueil, le premier et le deuxième étage, des chambres et des salles d'opération diverses, le troisième, les locaux du personnel.Le dernier devait être une sorte de salle d'archives. Avec des ordinateurs, des bureaux et de nombreux casiers. Tous fermés à clé, bien sûr. J'ai tenté d'en ouvrir un. En vain, aucune clé ne correspondait. Le lieu semblait aussi incongru dans un hôpital que figer dans le temps. Comme si on avait quitté les lieux précipitamment : je me souviens que des cigarettes à moitiés consumées étaient posées dans un cendrier. Une corbeille était renversée, son contenu poussiéreux à côté. Qu’a-t-il bien pu se passer dans cet endroit?

L'idée de prendre une photo a effleuré mon esprit. Mais, sitôt que j'ai eu cette idée. Mon téléphone a sonné !

Ça devait être mes amis qui commençaient à s’inquiéter ! Mais la voix à l'autre bout du fil ne m'était pas familière. C'était une voix féminine, sensuelle, et pourtant, étrangement inhumaine: « Ta bite me semble être magnifique, délicieuse. Ah ! J'aimerais tellement avoir ta bite dans ma bouche ! Elle me semble si juteuse. Elle doit être tellement agréable à la langue. Et gorgée de sang. Je me vois déjà la mordre, le sang dégoulinant, léchant les plaies causées par ma morsure. Un adorable geyser de… »

J'ai raccroché. Numéro inconnu, évidemment. J'ai eu à peine le temps de reprendre mes esprits de cet appel mi-érotique, mi-horrifique que j’ai entendu un cliquetis dans le lointain. On avait ouvert la porte !

J'ai couru. C'est presque par hasard que j'ai découvert le dernier escalier.

Il était en colimaçon. Et menait vers le toit. J'ai ouvert la trappe, et alors enfin, la lumière du soleil ! J’étais enfin sorti de cette merde !

Cet instant était magnifique, tout simplement. Carrément. C'était merveilleux, j'avais l'impression que tout le poids que j'avais accumulé tombait en poussière au contact des rayons du soleil couchant. J'étais en harmonie avec moi-même, tout allait bien.
Malheureusement, tout cela n'a pas duré plus de 4 secondes, le temps que je remarque qu'il y avait quelque chose d'étrange dans l'air.

Je ne saurais dire, une senteur discrète et diluée, mais perceptible. Mon regard s'est posé sur ma ville. Le fait que le soleil se couchait de son côté ne m'aidait pas. Malgré tout, j'avais l'étrange impression que quelque chose avait changé, sans arriver à mettre la main dessus. Une brusque, mais brève hésitation m'a saisi. Devais-je descendre? J'ai regardé mon portable, il était 18:30, toujours pas de réseau et de wifi. C'était probablement une illusion, mais j'ai cru entendre un bruit de pas provenant d'en bas. L'hésitation a alors disparu aussi soudainement qu'elle était apparue.

Une fois que j'ai eu fini de descendre l'escalier de secours, j'ai compris ce qui clochait : la ville était vide. Seul le vent venait rompre le silence des avenues.

Maintenant que le soleil ne me gênait plus, j'ai pu observer de plus près toutes les différences.

Premièrement, même si la ville était structurellement identique, je ne retrouvais aucun des magasins, échoppes ou restaurant qui m'étaient familiers. On aurait dit que tous les marchands avaient fait un consensus, étaient partis avec leurs marchandises, leurs services, ainsi que tous les signes distinctifs de leurs commerces. Pour vous donner une idée, j'ai reconnu un supermarché que je fréquente. Mais le nom et le logos de la marque avaient disparu, et quand je me suis approché des vitres, je voyais que les rayons étaient complètement vides.

La présence désagréable et désormais familière de la peur a de nouveau commencé à peser sur mes épaules. J'avais l'impression d'être tombé dans un piège. Que faire? Retourner à l'hôpital? Certainement pas.

Alors que j'étais perdu dans mes réflexions de plus en plus embuées par l'angoisse naissant;
j’ai entendu une musique, pas inquiétante, je dirais du jazz, ça provenait de pas loin.

Je me suis approché discrètement de la source de cette musique, j'avais encore peur de tomber sur quelque chose d'étrange.

Ça provenait de ce qui semblait être un bar. Un bar ! J'ai pris un choc en me rendant compte que je venais de découvrir enfin un lieu qui respirait la vie. Les lumières étaient allumées; l'enseigne montrait un gros chat blanc fumant une pipe,  juste à côté était écrit en lettre d'or « Le chat fumant ». Je n'avais jamais vu cet endroit auparavant. Existait-il seulement dans ma ville ?

C'est en m'approchant de la vitre que je vous ai aperçus, vous étiez là, seul, en train de boire tranquillement votre café. Vu que vous ne me sembliez pas bizarre malgré le manque de surprise que j'ai lu dans votre regard, je suis entré, intrigué, et je dois bien l'avouer, heureux d'enfin rencontrer une présence non hostile.

Et on arrive donc à là, moi qui viens te voir, puis te déballe mon histoire en échange de ton aide.

Le récit du jeune être était intéressant. Je l'ai un peu corrigé. J'ai enlevé toutes les hésitations, pauses, et erreurs de langage de son véritable discours. Ça serait bête de gâcher une telle histoire.

Dans tous les cas, j'espère qu'elle t'aura diverti, et que tu pourras me renseigner, tu auras remarqué qu'il y avait plein de choses louches dans cette histoire. À commencer par ces fameuses photos, j'ai demandé au jeune être de les montrer. La fameuse photo du liquide? Pas de liquide, juste la photo d'un plancher sale. La photo du chat? Pas de chat.

Si tu veux mon avis, il se cache quelque chose, quelque chose de très louche dans cet hôpital.

Les descriptions du jeune homme de son périple me rappellent certains passages du Taxídia krymméno de Homère. Notamment cette histoire de chat et de liquide. Il me semble que tu as un exemplaire de ce parchemin chez toi. Ça pourrait t'être utile. Dans le doute, j'ai rapporté l'intégrabilité de son récit. Si quelque chose m'a échappé, tu le verras, je te connais bien.

Pour la question du jeune être, je l'ai aidé. À trouver l'endroit où il pourra mourir de la manière la moins lente possible. Je ne vais pas te le cacher, je lui ai carrément menti en lui disant que le vieux château lui permettrait de retourner à son foyer.

Il semblait un peu méfiant, mais au fond de lui, je sentais qu'il bouillonnait intérieurement d'espoir. À l'heure actuelle, il doit être un peu refroidi, dans tous les sens du terme. Mais je pense avoir pris la bonne décision. Je sais que tu n'aimes pas cela, mais rends-toi à l'évidence, il n'aurait pas pu continuer à vivre comme avant. Tu sais bien que des choses qui lui échappaient jusqu'à aujourd'hui deviendraient soudainement évidentes, la folie le guetterait à chaque lieu familier. Et puis, soyons francs, on ne peut pas prendre le risque de briser le voile. Dans tous les cas, j'espère que tu tireras les choses aux clairs. J’étais occupé ces derniers temps, on a pas pu beaucoup communiquer. J'espère que toi et ta fille vous vous portez bien.

Gloire à Hastouras.

Amicalement, ton ami aux mains pâles.



Le texte que vous venez de lire est une lettre que j'ai reçue récemment. Ce n'était pas une erreur, l'adresse était bien la mienne. Par contre, le destinataire, de toute évidence, n'était pas moi.

J'ai un peu fouillé, il semble qu'un vieil homme habitait ma maison il y a 10 ans de cela. J'ai interrogé le voisinage, il me parle d'un vieillard discret et bien intentionné du nom de Frédérique. Il vivait avec sa fille âgée d'une trentaine d'années qui souffrait de retard mental.

Je n'ai pas encore retrouvé sa trace. J'ignore s'il s'agit d'un canular particulièrement bien fait ou d'une authentique lettre. Ça sent l'occulte à plein nez. J'ai fait quelques recherches sur la toile, au sujet du liquide, du chat, de cet hôpital dont la ville n'est (volontairement ?) pas précisée, ainsi que du fameux parchemin que mentionne « l'homme aux mains pâles » (c'est comme ça que j’appelle celui qui a écrit la lettre) :Le Taxídia krymméno. Pour l'instant, je n’ai rien trouvé, mais vraiment rien. Je commence à croire qu'il s'agit peut-être vraiment d'un canular. Mais malgré tout, il me semble invraisemblable d'avoir d'un côté des d'informations précises sur le destinataire, et de l'autre ne pas savoir que ça fait 10 ans qu'il a déménagé. Je suis donc dubitatif. Ça fait quelque temps que je lurk le forum. J'ai vu que vous connaissez bien le milieu de l'occulte. Peut-être certains d'entre vous ont des informations qui pourraient m'aider. Je suis pas mal perturbé par cette lettre.


jeudi 31 août 2017

Cache-Cache

Je n'ai jamais voulu d'enfants. Je ne les ai jamais vraiment appréciés. Je ne suis pas à l'aise en leur présence, je l'ai toujours dit. J'aimais vivre seul.
Même quand mon frère en a eu un, il ne m’intéressait pas trop. Bien sûr, j'allais à ses anniversaires, et je lui offrais des cadeaux. Il est peut-être vrai que j'ai pu ressentir un certain degré d'affection, mais honnêtement, ce n'allait pas au-delà de ça. Je n'aimais pas vraiment cet enfant, et le voir régulièrement n’altérait pas ma décision de ne jamais en avoir.

J'ai fait des choix de carrières et d'investissements très intelligents dans ma vingtaine, de sorte que j'étais déjà à la retraite à mes 35 ans. Je faisais quelques missions en tant que consultant dans mon ancienne entreprise de temps en temps, mais la plupart du temps, j'étais libre.

Peut-être que c'est pour cette raison que la vie, le destin, où l'homme barbu dans le ciel, a cru que j'étais prêt pour cela. Quand mon frère et sa femme sont morts dans un accident, je suis resté avec la garde de mon neveu. Sa mère était une orpheline, et il n'y avait aucun membre vivant de la famille du côté de son père, excepté moi. Et vu que j'étais un "citoyen modèle", avec une bonne éducation et une excellente situation financière, j'étais le choix évident du système juridique.

Bien que je n'aime pas l'idée d'avoir des enfants, je ne voulais vraiment pas envoyer mon neveu dans un foyer d'accueil. Donc, il y a trois mois, je l'ai adopté.
Étonnement, ce n'était pas si mal. Il y avait beaucoup de problèmes au début, mais je m'y suis habitué. Nous passions la majeure partie du temps à jouer ensemble. Son jeu préféré est le cache-cache. La plupart du temps, je me cache et c'est lui qui vient me chercher. Je le laisse compter et je cherche une place pour m'y cacher. Il peut compter jusqu'à dix en utilisant ses doigts. On s'amuse beaucoup.

Bien sûr, ce n'est pas toujours un long fleuve tranquille. Parfois, il fait des choses qui me dérangent vraiment. Comme il y a trois jours, quand je l'ai attrapé avec ses doigts à l'intérieur du pot à biscuits, une nouvelle fois. Je lui ai répété plusieurs fois de ne pas le faire. Cette fois, je devais le punir. Je n'ai pas aimé le faire, mais on m'a dit qu'il fallait être strict avec les enfants. Il s'en est remis, au bout d'un temps. Il a compris qu'il avait mal agi, et c'est ça qui est important.

Aujourd'hui, nous jouons à nouveau à son jeu préféré. Je dois aller me cacher rapidement, car aujourd'hui, il ne comptera que jusqu'à huit.


Traduction : Kamus

Source

vendredi 25 août 2017

Accrobranche

Bonjour,

Le récit qui va suivre est entièrement véridique. Ni moi ni vous ni quiconque ne saurait expliquer ces phénomènes, mais ce sont bel et bien ceux que j'ai vécus. Je précise ça parce les précautions que je vais prendre pourraient vous faire douter sérieusement de mon histoire. Cependant, afin de ne porter préjudice ni à la commune, ni à l'établissement scolaire, ni à la société mentionnés, je ne citerai aucun lieu ou nom précis. Sachez juste que tout ceci se trame en Alsace.

Je suis prof dans un collège de cambrousse. Ni bon, ni mauvais, ni élitiste, ni malfamé. Il accueille principalement les élèves des deux communes voisines. Des gosses équilibrés, pas casse-couilles. Il y a bien quelques lascars un peu moins fréquentables, mais pour la plupart, ce sont vraiment des gosses attachants. Et doués, puisqu'il arrivait même que les élèves obtiennent des prix et des récompenses dans des concours locaux ou régionaux.

Justement, il y a quelques mois, une classe de 3ème est arrivée en deuxième position d'un concours de mathématiques. Les cocos étaient ravis, parce que la métropole offrait une après-midi à accrobranche, dans une commune voisine.

Moi-même, j'adore l'accrobranche. Ça peut vous sembler puéril de ma part, mais ça demande quand même une sacrée endurance et pas mal de sang-froid. Et puis, on ne va pas se mentir, sortir victorieux d'une coriace piste noire, ça a la classe. Donc ouais, j'avoue, j'ai un peu forcé du côté de l'administration pour me joindre à la sortie. Et finalement, j'ai regretté. Que c'est cocasse.

Nous sommes arrivés sur le site à la date prévue, et on nous a barbés comme d'habitude avec les sempiternelles consignes. Qui peuvent cependant s'avérer bien utiles pour les grimpeurs, et également pour vous, lecteurs, à qui il faudra une certaine connaissance de l'équipement, du jargon et des parcours pour vous figurer mon cauchemar.

Tout d'abord, chaque grimpeur est équipé d'un baudrier, où sont attachés un mousqueton, une poulie, et une ligne de vie, le tout relié par un bordel de fils enchevêtrés. Le mousqueton n'est pas obligatoire, et il peut être un gros avantage comme un handicap non négligeable. À utiliser savamment, donc. La poulie est utilisée uniquement pour les tyroliennes. En théorie. Parce qu'il arrive souvent que les grimpeurs s'en servent pour survoler une structure un peu trop ardue. Et la ligne de vie porte bien son nom, puisque ce n'est rien de moins que l'unique morceau de métal au bout d'un fil auquel se rattache votre vie. La première pensée qu'on a lorsqu'on enfile cet équipement, c'est «Mais ça va jamais tenir». Et si, ça tient. Enfin, le site n'a jamais eu de problème de ce côté-là.

Car justement, lors des parcours, les grimpeurs montent «à leurs risques et périls» et «sont responsables de leur propre sécurité». En gros, si vous clamsez, c'est pas nous qui payons les pots cassés. Bon, ça donne aux gosses une impression d'aventure et de l'autonomie, donc quelque part, c'est plutôt pédagogique.

Concernant les pistes, le principe est semblable à celui des pistes de ski. De la plus facile, pour les chochottes, à la plus difficile, elles s'échelonnent sur six nuances : vert clair, vert foncé, bleu clair, bleu foncé, rouge, et noir.

C'est dans cette dernière piste que je me suis aventurée pour commencer la matinée. J'étais seule, car les élèves préféraient s'échauffer sur des parcours plus simples. En ce qui me concernait, je n'avais pas besoin d'échauffement, et j'aurais refusé de quitter les lieux sans avoir fait cette piste. Cette piste, bête noire des grimpeurs, qu'on se le dise. Elle demandait un cran et une endurance à toute épreuve, une concentration constante et une certaine expérience de l'accrobranche. Sur 10 grimpeurs qui en tentaient la conquête, seuls 3 ou 4 la réussissaient sans accroc et sans aide. J'avais une certaine fierté de faire partie de cette faible proportion, et je comptais bien l'étoffer encore un peu en triomphant cette année encore de ce parcours du combattant.

Seule, accompagnée de mon baudrier clinquant et encombrant, j'ai entamé l'escalade de l'échelle de cordes distendues qui marquait le début des réjouissances. Le début du parcours n'avait encore rien de bien terrible, et je progressais plutôt aisément. Mais très vite, le mousqueton m'a encombrée, alors je l'ai retiré, et je l'ai laissé pendre à mon côté.

Quand ça s'est produit pour la première fois, j'atteignais une plateforme salvatrice après un obstacle plutôt corsé qui m'avait valu quelques égratignures et sueurs froides. Je reprenais mon souffle, adossée au tronc, quand je me suis sentie tirée en arrière. Avec un sursaut, j'ai fait volte-face en me cramponnant à l'écorce. Il n'y avait rien. Baissant les yeux, j'ai constaté que mon mousqueton s'agitait d'une drôle de manière : trop vivement, alors que j'étais restée immobile depuis deux bonnes minutes. C'est alors que, coincé entre les deux parties métalliques, j'ai remarqué un tissu sombre. En soulevant le mousqueton à hauteur de mes yeux, j'ai réalisé que ça n'avait rien d'un tissu. C'était des poils. De longs poils noirs, lisses et épais.

J'ai avisé cet étrange phénomène avec une curiosité mêlée d'inquiétude. Finalement, j'ai repris ma route, en me persuadant que ça n'était qu'une espèce de lichen.

Le phénomène s'est produit deux autres fois, toujours de la même manière. Comme les plateformes étaient circulaires, ça venait toujours du côté auquel je tournais le dos. Et, chaque fois, je retrouvais les étranges poils accrochés au métal. J'ai fini par ranger mon mousqueton, le coinçant dans mon baudrier. Car, malgré mon côté cartésien, je commençais à penser que quelque chose s'agrippait à mon mousqueton et cherchait à me faire chuter.

Raconté de cette manière, ça peut paraître complètement exagéré, mais il faut bien vous figurer que j'étais seule et éreintée, dans un parcours à plus de vingt mètres du sol. N'importe qui aurait commencé à psychoter.

Alors que je progressais entre les arbres, j'essayais de me la jouer davantage Scully que Mulder. Rien ne m'indiquait qu'il s'agissait réellement de poils. Ça aurait tout aussi bien pu être une plante, comme du lichen, dans laquelle mon mousqueton se serait coincé à plusieurs reprises. Ça pouvait aussi être tout simplement des déchets que des grimpeurs avaient jetés là. Le seul risque que cette chose présentait pour moi était de me déséquilibrer alors que mon mousqueton se bloquait. Et de toutes façons, à partir du moment où j'ai raccroché mon mousqueton, plus rien ne s'est produit.

Jusqu'à un certain moment. Le moment où je me suis rendue compte que je ne reconnaissais pas les épreuves. Et qu'elles devenaient de plus en plus délicates. Et que certains câbles, planches et autres structures étaient disposés de manière carrément dangereuse. Le moment où je me suis rendue compte que je n'étais plus dans la piste noire.

À cet instant, mon premier réflexe a été de m'arrêter sur une plateforme et d'examiner le câble qui supportait la ligne de vie. Ce morceau de métal ne quittait jamais le câble prévu à cet effet. C'était fait comme ça, c'était pensé comme ça, et personne n'y pouvait rien. Ce câble allait du début à la fin du parcours. Or je devais bien me rendre à l'évidence que la ligne de vie était toujours là, bien accrochée, sans défaut. Les pistes étaient par ailleurs bien délimitées, ainsi, je n'arrivais pas à comprendre où je m'étais plantée.

Le fait était que je devais être sacrément loin du site, puisque je n'entendais plus les cris et les rires de mes élèves. Et, à l'accoutumée, toutes les pistes se croisaient à un moment donné. On était toujours capable de voir les autres parcours en contrebas. Mais là, rien. J'étais seule, accrochée à mon tronc par ma ligne de vie, sur une plateforme branlante.

Mon perchoir était effectivement instable, aussi j'ai pris la décision de continuer jusqu'à la plateforme suivante, que j'apercevais sans mal entre les arbres, pour lancer mes appels au secours. Il n'y avait pas d'autre moyen de traverser la dizaine de mètres qui m'en séparaient, alors j'ai décroché ma poulie, me suis mise en position de tyrolienne, ai raccroché mon mousqueton pour m'assurer une chimérique sécurité, et me suis élancée dans les airs.

Mon baudrier a enserré mon ventre. Mon corps s'est arrêté brutalement au milieu de la tyrolienne. Le souffle court, j'ai jeté un regard circulaire autour de moi. Et j'ai étouffé un juron. Le câble de mon mousqueton et de ma ligne de vie s'étaient emmêlés au dessus de ma tête. Tendant les bras pour défaire le nœud, je me suis calée au fond de mon baudrier. Sauf que. Pas moyen d'atteindre les câbles. Mon bras était trop court, ma ligne de vie trop longue, je n'en savais rien. Gigotant dans une position inconfortable, j'ai forcé sur mes muscles pour me grandir, mais ça n'était pas suffisant. À bout de forces, je me suis laissée retomber dans mon baudrier.

"Et maintenant ?" ai-je songé. Ce parcours était définitivement mal foutu. Il ne respectait pas les normes de sécurité, les dimensions étaient mal calculées, les épreuves semblaient trop inhumaines. L'idée m'a effleurée de m'être aventurée sans le vouloir dans un parcours en construction. Sauf qu'il y aurait eu un écriteau de mise en garde. Que je n'avais pas vu ? Ça ne tenait pas debout.

Enfin, s'il y en avait une qui ne tenait pas debout, à cet instant, c'était moi, avachie dans mon baudrier, coincée à vingt mètres au-dessus du plancher des vaches. J'ai compté mentalement dix secondes avant de me mettre à pousser des cris.

Je ne suis jamais arrivée à 10. Je me suis figée toute entière à 6 ou à 7. Là-bas, entre les arbres, immobile. Quelque chose me fixait. Des prunelles sombres et dilatées me sondaient au plus profond de mon âme. Tétanisée par la terreur, j'ai soutenu le regard de la chose. Quand elle a émergé du feuillage, j'ai réprimé un hurlement. Un singe. Un de ces grands singes-araignées, aux membres longs et difformes, surplombant les branches.

Je n'osais pas émettre un seul son. D'un curieux mouvement élastique, l'animal est monté en équilibre sur le câble qui me soutenait. Progressant avec agilité, il s'est glissé jusqu'au niveau du nœud. Et, de ses doigts prolongés en ongles trop longs, trop acérés, il a tranché ma ligne de vie. D'un pas souple et tranquille, sans m'accorder un seul autre regard, la bête a disparu entre les arbres.

Le nœud était défait, et je pouvais à présent accéder à la plateforme. Cependant, encore sous le choc du prodigieux comportement de cet animal, je ne parvenais pas à m'en réjouir, ou au moins à en éprouver du soulagement. Outre les ongles terrifiants de la bête, son geste avait une symbolique glaçante. Il avait tranché ma ligne de vie. Encore un effet certain de ma psychose, mais ce songe m'était effroyable. En atteignant la plateforme, j'ai décroché le mousqueton. Il était couvert de longs poils noirs, lisses et épais.

Perchée sur la plateforme, je poussais des cris déchirants, les mains en porte-voix, tournant sur moi-même pour que ma voix s'envole en toutes directions. J'appelais un à un le nom de tous mes élèves, des collègues qui accompagnaient la classe, des animateurs du site, sans obtenir aucune réponse. J'avais alors effectué un tour complet sur moi-même.

J'ai voulu hurler, mais ma voix s'est éteinte au fond de ma gorge nouée. Devant moi, sur le parcours, à deux mètres à peine, se trouvait un singe. Les yeux vitreux, la gueule entr'ouverte, les membres ballants. Pendu. Pendu comme un homme. Pendu comme un suicidé.

C'en était trop. Avec des gestes frénétiques, j'ai décroché mon mousqueton, desserré mon baudrier, et ai envoyé valdinguer mon équipement dans les arbres. Puisant dans mes dernières forces, j'ai entrepris de redescendre le long d'un tronc.

J'y suis parvenue, au prix de mille efforts, de mille blessures et de mille larmes. Je me suis traînée péniblement jusqu'au site, que j'ai retrouvé en suivant le câble de ce parcours maudit. Arrivée sur place, dans un état quasi-traumatique, j'ai ordonné au premier animateur de m'amener le directeur du site. J'ai refusé de répondre à toutes les questions que me posaient mes élèves et mes collègues. Je n'ai consenti à tout déballer qu'en présence du directeur.

Il m'a assuré que les singes-araignées ne vivaient qu'en Amérique du Sud. Et que le site ne comptait aucun parcours en construction.

La rentrée approche, tenez-vous prêt pour ce qu'on vous réserve !

mercredi 16 août 2017

Hong Kong


Bride’s Pool – La mariée laissée devant l’autel
 

Nichée au cœur du Plover Cove Country Park repose une cascade idyllique s’écoulant dans un bassin peu profond parsemé de rochers. Il s’agit de la Bride’s Pool, ou du Bassin de la Mariée. On raconte que ce nom lui a été donné après qu’une future mariée a été transportée sur un palanquin vers un village voisin où son fiancé l’attendait lorsqu’un des porteurs a glissé, la projetant dans les rapides. Son corps n’a jamais été retrouvé. Aujourd’hui, des gens disent avoir vu une femme vêtue d’une cheongsam rouge en train de se brosser les cheveux auprès des eaux majestueuses


Nam Koo Terrace – Les répercussions de la Seconde Guerre Mondiale
 

Cette bâtisse historique de Wan Chai est l’une des maisons hantées les plus connues de Hong Kong. Il s’agit d’un manoir de deux étages ayant appartenu initialement à un riche marchand de la première moitié du XXème siècle qui a été contraint l’abandonner pendant l’occupation de Hong Kong. Des soldats japonais s’en servaient comme d’une maison close et d’un lieu de torture. On dit que les esprits des femmes qui y furent décapitées y errent encore la nuit, sans tête, et que l’on peut entendre des hurlements ainsi que des voix sinistres provenant de derrière les portes condamnées de la maison. A travers les fenêtres brisées, on pourrait parfois voir des feux se déplacer de pièce en pièce. De nombreux suicides auraient eu lieu par la suite et autour de la propriété et des corps y auraient été enfouis massivement, faisant de ce lieu un véritable charnier. Bien que nombre de ces observations et faits rapportés soit des rumeurs, en 2003, après y avoir passé une nuit, un groupe de jeunes a dû recevoir un traitement psychiatrique.






he Single Braid Road – La rapatriée
 
Près de l’Université Chinoise, plusieurs étudiants ont raconté avoir aperçu une fille avec une natte marchant seule la nuit. Cette rue fut nommée Single Braid Road d’après cette fille. L’histoire raconte qu’elle vient de Chine et a traversé la frontière illégalement en compagnie de son petit ami par une nuit froide. Dans le train en direction de Kowloon, une patrouille de police a embarqué pour procéder à un contrôle de passeports. Face à cet imprévu, paniquant à l’idée d’être démasquée, elle a sauté par la fenêtre du train en marche. Hélas, sa natte s’est prise dans le cadre de la fenêtre, la scalpant sur le coup et arrachant dans le même temps la peau de son visage. Son corps a roulé jusqu’à la rue qui deviendra Single Braid Road où elle s’est écroulée, sans vie, dans une mare de sang. La police a emporté le corps et clos l’incident. Son petit ami est parvenu quant à lui à destination, a trouvé un travail et n’a jamais tenté de retrouver sa copine. Cependant, une nuit, un étudiant a vu une fille qui se tenait debout non loin de l’université. Il l’a appelée mais elle n’a pas répondu. En s’approchant, il a remarqué qu’elle avait une longue natte. Elle s’est retournée brusquement lorsqu’il lui a tapoté l’épaule, révélant un visage inexistant. A sa place se trouvait une natte similaire à celle qu’elle portait à l’arrière. Le fantôme ne se montrerait qu’aux étudiants de sexe masculin.


Tuen Mun Road – Le virage mortel
 

Tuen Mun Road est une route expresse très fréquentée. Depuis sa construction en 1977, elle a été témoin d’un nombre impressionnant d’accidents qui lui ont valu une réputation macabre. Le pire accident qui s’y est déroulé a eu lieu le 10 juillet 2003 lorsqu’un poids lourd a percuté un bus à deux étages, envoyant celui-ci faire des tonneaux par-dessus la rambarde de sécurité et le long de la falaise. Vingt-et-un occupants du bus ont péri et vingt ont été blessés. Quatre accidents similaires impliquant des bus sont survenus avant 2003. Le folklore hongkongais suppose que les accidents sont dus aux fantômes d’anciennes victimes qui apparaissent sur la route, forçant les conducteurs à braquer pour les éviter. Certains conducteurs impliqués dans des accidents affirment avoir perdu le contrôle de leur véhicule sans aucune raison. D’autres disent avoir vu des yeux luisants à travers les buissons qui longent la route. Un fait intéressant, l’endroit en question était déjà réputé hanté avant que la route soit construite. Comme on peut le voir sur la photo ci-dessous, la voie est étroite et potentiellement dangereuse et beaucoup d’automobilistes y roulent sûrement trop vite. Néanmoins, on dénombre plusieurs centaines d’accidents sur cette portion de route en moins de quarante ans, une statistique qui fait froid dans le dos.





Sai Ying Pun Community Centre – Tout dans la tête
 

Construit en 1892, ce bâtiment qui est aujourd’hui un centre communautaire était autrefois un hôpital psychiatrique, puis a été utilisé comme salle d’exécution pendant l’occupation japonaise. Les rumeurs autour de cet endroit parlent de pleurs de femmes, de bruits de pas sans provenance, d’hommes prenant feu spontanément et de fantômes décapités.






Mang Gui Kiu – Le pont mystérieux
 
A proximité de ce pont à Tai Po, des enfants au visage blême ont été aperçus faisant des signes aux véhicules qui passaient. Des chauffeurs de minibus ont rapporté que certains de leurs passagers ont subitement disparu après avoir mis pied à terre. Nombreux sont ceux qui pensent que les enfants sont les fantômes des vingt-huit élèves qui sont morts tragiquement au cours d’un pique-nique le 30 août 1955 lorsqu’une forte pluie s’est abattue et que la majorité d’entre eux, ayant eu l’idée de s’abriter sous le pont, a été emportée par un glissement de terrain et à la mémoire desquels un monument a été érigé non loin.


Selon la tradition chinoise, il n’y a aucune raison de craindre le surnaturel si l’on est droit et que l’on n’offense pas les esprits. Un chauffeur de bus est un jour passé devant le Mang Gui Kiu alors que son bus était vide. Une femme aux longs cheveux et au teint pâle y est montée. Le chauffeur, ne voyant dans la caisse que des billets funéraires (comprendre : de faux billets que l’on incinère avec le défunt), a crié : « Madame, veuillez payer votre ticket ! » mais n’a reçu aucune réponse. Le bus était toujours vide. Il a estimé que la femme était un fantôme mais est resté calme et a continué de conduire. A la station suivante, le signal d’arrêt était allumé. Il s’est arrêté, a ouvert la porte et entendu une voix : « Merci ».

Le Mang Gui Kiu était auparavant nommé Hung Shui Kiu, ce qui signifie « Le Pont de l’Eau Rouge » en raison du fait qu’il était souvent submergé par la pluie. Le Dan Kwai Village situé près du pont est dit avoir été un terrain d’exécution pendant la guerre sino-japonaise entre 1937 et 1945. Le sang des victimes se serait déversé dans l’eau, la colorant en rouge. La vérité au sujet de ce village ayant servi ou non de lieu d’exécution reste floue.


Hysan Place – Le magasin Mitsukoshi
 
Entre 1981 et sa fermeture en 2006, le magasin japonais Mitsukoshi Department Store a reçu une multitude de témoignages de la part d’agents de sécurité à propos de voix d’enfants se faisant entendre durant la nuit. De temps à autre, le personnel constatait que des jouets avaient changé d’endroit aux alentours de la section destinée aux enfants. Plus tard, on a découvert que le magasin avait été construit sur un ancien cimetière où reposaient des victimes d’exécutions. Cet endroit est désormais celui sur lequel se dresse l’immeuble Hysan Place.


Le réseau ferroviaire de Honk Kong – Un fantôme sur les voies
 
Au début des années 1980, une jeune femme est tombée sur les voies de la station Yau Ma Tei au moment où le train approchait. Les témoins racontent avoir entendu des cris à glacer le sang et le conducteur du train se souvient avoir ressenti un choc brutal au moment de la collision. Toutefois, lorsque l’équipe médicale est arrivée sur place, elle n’a trouvé aucun corps, pas même une goutte de sang. L’enquête n’est parvenue à établir aucune piste et l’incident a été consigné en tant qu’hallucination collective.
 
Wan Chai Tung Shing Cinema – La salle de spectacle hantée
 
Au cours de sa période de gloire dans les années 1960, le cinéma Tung Shing paraissait toujours plein à craquer. Aussi étrange que cela puisse sembler, il est possible que ça n’ait pas été tout à fait le cas. Nombre de personnes a dit voir un cinéma rempli de monde dans l’obscurité, mais dès lors que la lumière revenait dans la salle, il n’y avait que peu voire pas d’autre spectateur. Des femmes qui sont allées aux toilettes ont expliqué avoir vu un fantôme sans visage dans le miroir, celui d’une femme qui lissait ses cheveux en fredonnant pendant la projection du film. Les toilettes du cinéma s’avèrent être situées à l’emplacement d’un ancien funérarium.
La direction et le personnel du cinéma affirment que celui-ci était toujours rempli la nuit. Pourtant, peu de tickets étaient en réalité vendus. Dans ce cas, qui étaient les spectateurs présents sans ticket dans la salle pendant les films ? Il revient à chacun de se poser la question.




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samedi 12 août 2017

Cassette

Si je suis venu vous parler c'est parce que j'ai un... Problème ? Mystère ? Je sais pas trop comment dire. Tout a commencé avec des cassettes. Voyez-vous, je suis étudiant en langues. Et comme tout étudiant, j'ai besoin d'un peu d'argent.

Quoi de mieux que de travailler chez soi ? J'ai décidé d'aller sur Craiglist, un site qui permet de payer pour un service ou d'être payé pour un... Service. Enfin vous avez compris.
Je propose d'encoder, de monter, et de traduire parfois, des vieilles VHS. Ça me prend dans les cinq heures la cassette. Ce sont souvent des trucs de famille ou des films que papa-maman avaient faits jeunes. Un truc facile et qui rapporte un peu beaucoup.

Je sais, vous imaginez que j'ai reçu des trucs gores, pornos, des snuff movies, et d'autres trucs dans le genre ? Non, malheureusement c'était pire, bien pire.

Je prends pas de grosses commandes, les délais sont intenables pour plus de dix cassettes, du coup j'en accepte sept maximum avec un renvoi en un mois, parfois plus si je suis pris par autre chose dans ma vie. Je suis pas non plus tout le temps devant mon pc.

Mais j'avais besoin d'argent, je vais pas vous expliquer pourquoi, on a tous des aléas dans la vie où on a plus de beurre dans les épinards ni rien. Donc quand ce mec m'a proposé le double de ce que je demande pour douze cassettes et ce sur trois mois maximum, j'ai dit oui.

C'était un tas de cassettes vieillottes, avec des étiquettes numérotées de 1 à 12 et de la poussière dessus. On m'a demandé de les encoder et de les traduire. C'étaient des cassettes américaines.

Après avoir trié les cassettes qui marchaient ou pas (cinq étant lisibles : la 1, la 4, la 7, la 10, et la 11 ; la bande étant trop abîmée pour les autres), j'ai pris celle avec le "1" scotché dessus. C'était un JT américain sur la chaîne CNN, sur un tremblement de terre en "Glagolitic Union of Russia" ou GUR. J'ai pas tout de suite tilté, et j'ai continué à mater, tout en encodant en même temps pour pouvoir mettre des sous-titres plus tard.

Certains scientifiques pensaient que ce tremblement de terre était dû à la comète de Halley. Là j'ai pas pigé tout de suite. J'ai fait des recherches sur la comète de Halley tout en laissant le JT en fond. Elle n'avait jamais eu d'incidence sur la Terre en l'état, elle semblait être la source de peur et d'agitation dans certaines cultures, mais pas de tremblement de terre.
Alors que je cherchais, le GUR revenait dans mon esprit. Après de rapides recherches (et un tour sur un site de creepy assez miteux par hasard total), j'ai découvert que :
1) La GUR n'a jamais existé ;
2) Le glagolitique est un alphabet désuet ;
3) Il n'y a jamais vraiment eu de tremblement de terre en 1986 (date du dernier passage de la comète, ainsi que du JT).

J'étais un peu sur le cul. Le JT était fini et j'ai commencé à encoder la cassette numéro 4, datant de trois mois après la première. Le 23 mai pour être précis. La présentatrice semblait en stress et n'avait visiblement pas dormi depuis longtemps. Il n'y avait qu'un titre : "La Guerre de Taured". Ce pays aussi n'existe pas, même sans recherches je le savais. Pourtant, la présentatrice parlait d'une guerre, une vraie.

Les images étaient verdâtres et j'ai compris après un certain temps que c'était une vidéo de nuit. Des hommes sur des chars, des Américains si j'en croyais le drapeau sur le veston de l'un d'eux, tiraient sur des positions éloignées. Semblant comprendre l’inefficacité de leurs actions, un des soldats a tenté de fuir mais un autre l'a pointé avec un pistolet et la caméra s'est arrêtée, sans doute un moment qu'il ne fallait pas voir. La présentatrice était en train de se tirer les cheveux, j'avais peur pour elle, sans vraiment de raison si ce n'est le stress. La cassette se finissait comme ça, la présentatrice en train de murmurer les au revoir standards et génériques.

La cassette numéro 7 était différente : elle montrait tout simplement un écran d'ordinateur avec des statistiques. Les pertes humaines et d'autres chiffres avec des acronymes inconnus. Elle ne durait que 20 secondes.

La cassette numéro 10 était une autre vidéo, comme celle avec les hommes sur le char. Il y avait moins d'hommes, trois peut-être, quatre en comptant le cameraman/journaliste. Tous les soldats avaient des cernes, des traces de sang et de cendre sur le visage et les vêtements. Ils ne regardaient jamais le cameraman et les questions du journaliste restaient en suspens, sauf une :

"How to kill them ?" (Comment les tuer ?)

Le plus proche de la caméra l'a alors regardée :

"We don't fucking know" (On en sait foutrement rien)

La caméra passait de l'un à l'autre, puis s'est coupée sur un soldat propre sur lui, un général peut-être. Il a longtemps parlé de l'honneur de sauver non pas que Taured et les pays voisins, mais aussi le monde. Alors qu'il parlait, un messager lui a tendu une fiche, il l'a rapidement parcourue, a secoué tristement la tête et a déclaré :

"Forget it, we go home" (Oubliez ça, on rentre à la maison)

La cassette se finissait comme ça.

Alors que je tenais la cassette numéro 11, j'ai senti comme un malaise. Ça DEVAIT être un film, un projet d'art, ou un truc comme ça. Mais il y avait trop d'acteurs, de moyens, ça aurait fait du bruit à sa sortie. Et tout le discours du général était trop... Réel ?

J'ai mis la cassette dans le lecteur. J'étais pas prêt.
C'était un JT, comme les premières cassettes, mais avec un nouveau présentateur. C'était un ado, mal à l'aise, anxieux, il se mordait la lèvre et murmurait plus qu'il ne parlait. Les soldats des USA étaient rentrés et le Vieux Continent ainsi que l'Asie restaient sans aucun contact. Le Gouvernement promettait de rétablir le calme et ne pas laisser le problème des "bugs" (je ne sais pas s'il faut le traduire comme insecte ou virus) en dehors des frontières. Il recevait des messages de contact au Pentagone ou ailleurs. Les derniers instants de la cassette le montraient lire un papier, pleurer, regarder la caméra, et dire :

"They're here" (Ils sont là)

Cut final. Écran statique qui venait de la cassette et non pas de mon appareil.

Je ne savais pas quoi penser de tout ça. Il me manquait des clés, et la dernière cassette, la 12, ne m'était d'aucun secours, elle était illisible. Je ne me sentais pas à l'aise du tout.

Après avoir fini, très difficilement, de traduire les cassettes (la numéro 11 étant assez ardue) j'ai envoyé le résultat final avec un mot d'excuse pour les cassettes et demandant des réponses. C'était un projet d'art, non ?
L'expéditeur ne m'a jamais répondu mais m'a quand même payé le double alors que j'avais fait à peine la moitié du travail.

Je me retrouve alors avec un mystère. Un gros mystère. Je peux me dire que tout ça est un projet d'art, que le mec trouve ça drôle que j'y crois et décide de pas répondre. Ou alors je peux me dire que c'est bien plus pervers que ça, et que ce tas de cassettes vient vraiment d'un autre endroit, où la comète de Halley a fait des choses horribles, où Taured est un vrai pays, et où... "Ils" sont là.


mercredi 9 août 2017

Promenade le long du quai

Tôt ce matin, je suis sorti dehors. J’aime bien me promener le long du quai, quand il n’y a encore personne. Il faisait encore un peu nuit, et le soleil se levait doucement. Je marchais tranquillement, pensant à ce que j’allais faire aujourd’hui. Plus le jour se montrait, plus je commençais à voir  de promeneurs qui, comme moi, se baladaient pour se réveiller en douceur.

J’habite dans un village d'une taille relativement modeste, environ 700 habitants, alors je connais la plupart des gens qui viennent le matin, sur le quai. Il y a les habitués, à qui je dis bonjour quand je les croise. Néanmoins je ne m'arrête jamais pour les saluer, j'ai horreur de m'interrompre. Et de l'autre côté, on trouve les personnes qui viennent juste de temps en temps. Généralement j’arrive à mettre un prénom (ou à la limite un lien de parenté) sur tous les visages que je croise.

Mais ce matin, alors que j’étais à mi-chemin, j’ai croisé une personne que je n’avais jamais vue de ma vie. C’est quelque chose qui arrive vraiment rarement. Comme j’étais très étonné, j’ai attendu qu’il passe derrière moi. Il descendait le quai, contrairement à moi qui montais. J'en ai profité pour l’observer, car je voulais vraiment savoir qui c'était. Contre toute attente, il s'est également retourné. Et c’est là que je l’ai reconnu. Mon oncle, qui habitait le village voisin mais que curieusement, je n’avais pas vu depuis au moins 5 ans.

J’étais plutôt content de le voir, alors je me suis dirigé vers lui. Au début il n’avait pas l’air de me reconnaître, alors quand je me suis trouvé proche de lui, je l’ai salué, lui ai dit mon prénom et je lui ai demandé si il me reconnaissait. L’expression de son visage, qui était jusque là un peu vide, est devenue plus amicale. On a parlé un bon quart d’heure. En fait, c’était plutôt moi qui parlais, il se contentait juste d’acquiescer la plupart du temps. C’était agréable de ne pas se faire interrompre, mais j’aurais bien aimé qu’il me raconte un peu plus ce qu’il avait fait durant ces 5 ans.

A un moment, il a détourné le regard en direction du soleil, qui se levait presque totalement et m’a dit qu’il devait retourner chez lui. Je lui ai demandé s’il voulait passer chez moi un de ces jours, mais il n’a pas répondu et a continué sa marche, de manière un peu plus rapide qu’avant. J’ai continué la mienne également, et arrivé au bout du quai, j'ai fait demi-tour puis je suis allé acheter le journal, comme chaque matin, avant de rentrer.

Je le feuilletais tranquillement, avec mon café. Rien d’intéressant, comme d’habitude, mais il me faut absolument quelque chose pour accompagner mon café. Il ne me restait qu’une page à lire.

Celle des avis d’obsèques. Le nom de mon oncle y figurait. 

C'est l'été alors soyons foufous, deux pastas espacées d'un jour seulement